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mardi 6 décembre 2016

Combien tu m'aimes ? de Bertrand Blier (2005)



Combien tu m'aimes ? Combien je l'aime, ce cinéma, cet auteur, et ses interprètes. Encore et toujours, Bertrand Blier défend ce cinéma, le sien, cynique, émouvant, battant le chaud, puis le froid. S'il s'était peut-être un peu dispersé, cherchant à retrouver sa verve sans jamais véritablement y parvenir avec ses deux précédents longs-métrages (Les Acteurs, Les Côtelettes), en 2005, il revient avec une œuvre admirablement drôle, émouvante, emprunte d'une poésie qu'il sublime chaque fois par des choix musicaux délicats. Et même si l'on n'est pas friands d'opéra, le calque sonore qu'il juxtapose aux images rend ces airs formidablement beaux.
Gérard Depardieu, encore, mais se lançant dans de l'inédit avec Bernard Campan, Monica Bellucci, Edouard Baer, et même, sa compagne Farida Rahouadj, Bertrand Blier n'a rien perdu de son talent de conteur. Mieux, il semble être revenu d'un monde où les années passent et l'inspiration se meure. Un univers dont il a réussi à s'extraire pour nous offrir un spectacle presque aussi jouissif que ses plus grands films.

Combien tu m'aimes ? est typiquement le genre de film qui vous fait passer par différents états. Entre l'amertume de la solitude dont on ressent le poids durant les premières minutes, à la joie collective et communicative d'une fête dont le fond sonore étonne dans la carrière du cinéaste. Sans crier gare, voilà que l'on sourit de ses belles et grandes dents. A s'en décrocher la mâchoire. A solliciter les zygomatiques jusqu'à la douleur. Sans doute avons-nous l'air bête d'exprimer un air aussi béat, mais voilà que lâchement nous invoquons la faute à un homme, un seul : Bertrand Blier, lui-même. Ce génie du septième art, lequel a donné ses lettres de noblesse aux dialogues, comme en son temps un certain Michel Audiard.

Combien tu m'aimes ? ouvre grandes ses portes. Celles de son cœur, surtout. Celui, malade de François (Bernard Campan), qui grâce à Daniela (Monica Bellucci), et son amour pour lui, va le guérir. Découvrir de nouveaux interprètes chez Blier fait un peu le même effet à chaque fois. On se demande dans quelle mesure ils parviendront à saisir l'essence des textes de leur auteur pour nous les restituer à leur juste valeur. Et chaque fois, c'est le même constat : Bertrand Blier n'est pas qu'un dialoguiste exceptionnel. Il dirige également ses acteurs de main de maître. Son cinéma a apparemment évolué vers moins de loufoquerie et plus d'émotion, mais ne nous y trompons pas car ce coquin de Blier en a encore sous le pied. Et qui mieux que sa compagne, l'excellente Farida Rahouadj pour nous en convaincre ?

En une seule scène, nous redécouvrons ce qui nous avait manqué les quelques années précédent la sortie de Combien tu m'aimes ? en 2005. Farida Rahouadj face au couple Campan-Bellucci dissertant sur l'orgasme féminin entre deux portes. Un peu moins de trois minutes durant lesquelles Bertrand Blier nous rassure définitivement sur sa capacité à revenir au cinéma que l'on aime chez lui. Quelques scènes ainsi ponctuées d'autres beaucoup plus « symptomatiques » du « nouveau » Blier. Derrière la bouffonnerie, l'auteur des Valseuses est aussi un formidable conteur lorsqu'il s'agit de parler d'amour. Toujours et encore dans des situations inédites comme celles rencontrées dans Préparez vos Mouchoirs, Beau-Père ou Trop Belle Pour Toi. Cette fois-ci, il partage l'histoire d'un homme désespérément seul, riche à millions, qui propose à une pute de vivre avec lui moyennant finances. Toute la subtilité du jeu d'acteur étant de laisser planer un doute sur la réelle ou fausse sincérité de Daniela. Gérard Depardieu, lui, campe un individu sinistre qui, lui aussi sera guéri de ses mauvais démons. Bertrand Blier aurait pu simplement nommer son œuvre AMOUR tant on sent bien que c'est autour de ce sentiment d'affection unique que le sujet de Combien tu m'aimes ? a été développé. Encore un immense film de la part de Bertrand Blier...

Trop Belle pour Toi de Bertrand Blier (1989)



Grand Prix du Jury en 1989 pour Trop Belle pour Toi de Bertrand Blier. Encore une histoire d'amour singulière pour ce cinéaste qui écrit lui-même le scénario de ses œuvres. Toujours avec une petite touche de cynisme (lorsqu'il n'en jette pas par sauts entiers), le fils de l'illustre Bernard Blier nous conte une histoire encore bouleversante. Peut-être moins évidente pourtant qu'à son habitude par son approche toute particulière. Au cœur de l'intrigue, un triangle amoureux formé par Carole Bouquet, Josiane Balasko, et entre les deux actrices, Gérard Depardieu qui tourne ici pour la cinquième fois aux côtés de Bertrand Blier. Comme pour Beau-Père huit ans plus tôt, les personnages semblent directement s'adresser aux spectateurs, les prenant à témoins du drame qui se noue autour de ce garagiste, époux d'une très belle femme, père de deux enfants, et qui va tomber sous le charme de sa nouvelle secrétaire. Un peu ronde, plutôt fade, c'est pourtant elle que son cœur a choisi. Trop Belle pour Toi démontre avec force que lorsque c'est ce dernier qui parle, rien ne peut s'y opposer. Même la beauté d'une épouse qui finit par désirer être aussi « moche » que l'amante de son mari pour se le réapproprier.

Le traitement du film est résolument moderne. Les flash-back faisant partie intégrante des scènes situées dans le présent des personnages, Blier construit une œuvre au fil d’Ariane qui ne se rompt jamais. L'une des scènes les plus réussies en la matière se situe lors du repas donné par Bernard Barthélémy (Gérard Depardieu) et son épouse Florence (Carole Bouquet) et auquel ils ont convié une dizaine d'amis. Pour ne pas briser l'homogénéité du récit, et lorsqu'il s'agit de remonter au temps de la cérémonie de mariage des deux personnages, il réorganise logiquement le tour de table, les effets personnels (comme la robe de mariée remplaçant la tenue sombre que porte aujourd'hui Florence), mais en conservant une ligne narratrice impeccable. Même le personnage de Colette Chevassu tenu par Josiane Balsako se fond comme par miracle durant les festivités alors même qu'elle et les mariés ne se connaissent pas encore et que sa relation avec Bernard n'aura lieu que quelques années plus tard.

Carole Bouquet, sa grâce, sa beauté, mais aussi sa froideur. Elle que l'on a connu dans un registre bien différent, là voilà blessée, déboussolée, implorant son époux de revenir vers elle. Bertrand Blier offre à Josiane Balasko un rôle bien différent de ceux auxquels elle était habituée jusque là. A l'aube des années quatre-vingt dix, elle passe de la comédie pure au drame. A l'histoire d'amour dont elle est cette fois-ci, la principale interprète. Bien qu'elle est censée y jouer le rôle d'une secrétaire physiquement quelconque, Bertrand Blier a pourtant réussi à mettre tous les atouts de l'actrice en valeur. A dire vrai, elle n'a jamais été plus belle, plus à son avantage que dans Trop Belle pour Toi.

On le sait, Bertrand Blier aime profondément la musique classique. Véritable mélomane, il aurait, dit-on, aménagé une pièce de sa demeure spécialement consacrée à cet objet de culte. Des enceintes et un fauteuil fixés au sol dans des conditions optimales. Qu'il s'agisse de fiction ou de la réalité, ses personnages, en tout cas pour certains, aiment eux, profondément le classique. Comme Patrick Dewaere dans Préparez-vos Mouchoirs, son personnage ne jurant que pour Mozart et personne d'autre. Dans Trop Belle pour Toi, c'est Franz Schubert qui est à l'honneur. Et de quelle manière. Des œuvres bouleversantes qui jouent un rôle primordiale dans le registre de l'émotion. Des messes, des sonates, une valse, tout cela (et d'autres encore) accompagné par la musique additionnelle du composteur Francis Lai.
Un Grand Prix du Jury amplement mérité...

Fallait Pas ! de Gérard Jugnot (1996)



De retour d'un stage commando à la montagne, Bernard Leroy perd le contrôle de son véhicule et s'enfonce dans une congère. Sa voiture en panne, il ne lui reste plus qu'à trouver de l'aide. Il la trouve dans un chalet. Suppliant l'homme qui l'accueille de l'autoriser à appeler un garage, ce directeur des ressources humaines constate avec effroi qu'il est tombé au beau milieu du suicide collectif d'une secte dont les principaux responsables, Magic et Aimé Solomuka, ont l'intention, eux, de partir ensuite avec les deux millions de dollars qu'ils ont récolté auprès de leurs disciples. En tentant de trouver un moyen de s'enfuir, Bernard tombe sur Sébastien Couliboeuf qui contrairement aux autres disciples n'a pas eu le courage de boire le breuvage empoisonné leur permettant de se « libérer de leur écorce charnelle ». Tous les deux prennent la fuite à bord du véhicule de Magic et Solomuka sans se douter qu'à l'arrière du véhicule repose une mallette contenant les deux millions de dollars. Poursuivis par les deux hommes, Bernard et Sébastien tentent de quitter la région, le premier étant attendu par sa future femme, ses beaux-parents, ainsi que les siens, venus assister le lendemain à midi à la réception qui doit honorer l'union de Constance et de Bernard...

Sixième long-métrage réalisé et interprété par Gérard Jugnot, Fallait Pas ! se situe très exactement entre Casque Bleu et Meilleur Espoir Féminin. Cette petite comédie familiale n'est sans doute pas ce que l'acteur réalisateur a fait de mieux, elle n'est même pas la plus appréciée de ses œuvres, et pourtant, Fallait Pas ! mérite qu'on lui accorde un minimum d'intérêt ne serait-ce que pour l'agréable moment que ses personnages nous font vivre. Si l’œuvre de Gérard Jugnot ne bouleversera sans doute pas notre existence après que nous l'ayons découverte, à vrai dire, on s'en fiche un peu. Il s'entoure de quelques têtes d'affiches sympathiques comme ses anciens compagnons Martin Lamotte et Thierry Lhermitte. Le premier ayant fait partie du Café de la Gare et le second (tout comme Jugnot lui-même) de l’Équipe du Splendid. Egalement au casting, les acteurs Jean Yanne, Claude Piéplu et François Morel, ainsi que les actrices Michèle Laroque, Micheline Presle ou encore Sophie Desmarets.

Une comédie pleine d'action, dont le rythme enlevé empêche l'ennui de s'installer. Si le scénario est relativement simpliste, du côté des gags, même s'ils ne sont pas toujours très amusants, on en relève quelques sympathiques. Gérard Jugnot invente des situation rocambolesques. Entre son personnage de DRH « lié » au disciple d'une secte un peu poltron, un gourou qui passe son temps à « siffler » de mécontentement suivi par un Martin Lamotte fort drôle, de faux parents excentriques et une belle-mère acariâtre, Fallait Pas ! a de quoi nous divertir durant une bonne heure et demi.
On aurait pu s'attendre à une critique finement ciselée des milieux sectaires mais non. Jugnot délaisse l'aspect de ce sujet sensible (pourtant d'actualité à l'époque où le film a été tourné) pour se concentrer sur deux individus qui n'ont pas grand chose en commun en dehors d'être peu aventureux. Leur aventures, justement, vont les contraindre à prendre sur eux et devenir davantage téméraire que dans leur quotidien. Fallait Pas !n'est définitivement pas un grand film mais accorde à ceux qui le regarderont le privilège de passer un agréable moment de détente. Que demander de plus.. ?
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