jeudi 14 décembre 2017

Hommage à Johnny... Point de Chute de Robert Hossein (1970)



Alors qu'il tutoyait déjà les anges et leur marquise auprès de la délicieuse Michèle Mercier dans le romanesque Angélique, Marquise des Anges, l'acteur, metteur en scène, réalisateur, scénariste et dialoguiste français Robert Hossein signait en cette année 1970 son seul long-métrage des seventies. De retour en France après le pittoresque Le Spécialiste de Sergio Corbucci, l'acteur, chanteur et compositeur français Johnny Hallyday allait se voir offrir un rôle à la mesure de son charisme naissant. N'ayant pas encore pris de cette bouteille qui allait construire en partie l'image du plus populaire rocker de notre pays, Johnny passe du héros mal rasé du précédent western-spaghetti au membre d'un trio de malfrats ayant kidnappé une gamine dont la famille est apparemment aisée puisqu'elle prend l'habitude de rentrer des cours à l'arrière d'une voiture luxueuse conduite par le chauffeur personnel de papa-maman.
Si le premier sentiment qui se dégage de la toute première apparition de notre rocker national est aussi mauvais que celui qui le vit descendre de manière relativement grotesque des escaliers dans le film de Sergio Corbucci, que les fans de Johnny Hallyday se rassurent. Le sort que lui a accordé Robert Hossein est sans commune mesure avec le curieux traitement subit par le chanteur dans la peau d'un ersatz de Clint Eastwood. Ici, et bien après que l'auteur du troublant Vampire de Düsseldorf se soit lui-même grimé en monstre humain inspiré des méfaits de l'un des plus épouvantables serial killer allemand des années 30 (Peter Kurten), Johnny Hallyday apparaît frais comme un gardon. Après avoir éveillé la curiosité du spectateur en cachant le visage de l'acteur sous un masque aussi ridicule qu'improbable, c'est avec un certain effarement que l'on découvre un Johnny Hallyday troublant.

Presque un enfant dirons-nous, au regard bleu pénétrant. Un visage duquel ne ressort aucune manifestation physique le reliant au caractère sordide des faits auxquels il a pourtant participé. A ses côtés, l'acteur Albert Minski, et bien entendu, Robert Hossein. Ces deux là servent la soupe à Johnny qui reste le principal interprète. Lui tenant la chandelle, renforçant ainsi les différences d'intérêts que porteront sur leur victime, les trois hommes. Car pour ces derniers, la seule alternative possible est la mort de leur proie après obtention d'une rançon par ses parents. Pour Vlad, surnommé le Roumain par ses deux acolytes, les choses prennent une tournure différente. Car après des premiers soubresauts particulièrement virils de la part de Johnny envers Catherine, la gamine en question interprétée par la jeune et jolie Pascale Rivault, une certaine complicité va s'installer entre les deux principaux protagonistes. A tel point que Hossein et Minski deviennent les antagonistes du récit s'articulant exclusivement autour d'une maison perdue aux abords d'une plage n'accueillant que la houle et les mouettes.

Œuvre à l'atmosphère poétique, romantique, juvénile, et un brin surréaliste, Point de Chute n'est pas le polar auquel les premières images auraient pu laisser présager. L'acteur Robert Dalban qui dans la peau d'un inspecteur de police flâne dans la dite demeure à la recherche d'indices permettant de mettre la main sur les kidnappeurs durant les premières minutes disparaît au profit d'un récit qui remonte le temps. A ce propos, fait étrange, le présent est lu à travers le prisme d'une image toute de noir et blanc vêtue tandis que le passé s'enrobe d'une multitude de couleurs. Comme si Robert Hossein signifiait par avance l'inéluctable tragédie en revêtant son œuvre d'un linceul ou le noir et le blanc ont seuls droit de cité.
Johnny Hallyday endosse le confortable costume d'un kidnappeur tombé sous le charme d'une jeune femme avec laquelle il va entretenir des liens ténus. Plus étonnant, l'acteur se révèle parfois émouvant. Point de Chute demeure par contre relativement lent et attentiste. Ce qui risque de rebuter une partie des spectateurs. Une curiosité qui mérite tout de même que l'on prenne le temps de la découvrir...

mercredi 13 décembre 2017

Hommage à Johnny... Le Spécialiste de Sergio Corbucci (1969)



« Continue de boire. Ça me rend nerveux qu'on arrête de boire quand j'arrive... ». Tel sont les premiers mots prononcés par un Johnny Hallyday/Hud pris entre les tenailles d'un village qui tout entier, a lynché son frère parce qu'il a volé l'argent de la banque, des bandits entourant leur chef El Diablo, et l'ombre du grand Clint Eastwood qui plane au dessus du plus populaire chanteur français, mort la semaine dernière des suites d'un cancer du poumon. Après une très courte apparition (non créditée) dans Les Diaboliques de Henri-Georges Clouzot en 1955 et dans Dossier 1413 d'Alfred Rode en 1962, Johnny Hallyday entame une vraie carrière d'acteur à partir du film à sketches Les Parisiennes dans lequel il côtoie Catherine Deneuve, Danièle Evenou, et Dominique Zardi dans le segment Sophie. En 1967 il tourne dans le long-métrage franco-italien A Tout Casser, une comédie policière réalisée par le cinéaste américain John Berry avant de tourner son premier western-spaghetti, Le Spécialiste de Sergio Corbucci, dont il est question ici. Dès la première apparition de Johnny Hallyday à l'écran, le mimétisme du personnage qu'il interprète à l'écran à du mal à cacher sa filiation avec ceux de Joe, le Manchot et Blondin que jouait quelques années auparavant Client Eastwood dans les classiques du western spaghetti réalisés par l'immense Sergio Leone que sont respectivement Pour une Poignée de Dollars, Et Pour Quelques Dollars de Plus, Le Bon, la Brute et le Truand. Première impression : on ne sait s'il faut rire ou pleurer lorsque descend les escaliers le héros de cette aventure qui trouvera son flamboyant écho quatre ans plus tard dans l'un des plus grands westerns de tous les temps, L'Homme des Hautes Plaines, joué et réalisé (une fois encore) par l'américain Clint Eastwood.

Monté sur ressorts, nuque sur roulement à billes, Johnny tente de s'imposer la carrure du justicier crotté, mal rasé, suant à grosses gouttes, signes que l'on est bien chez les transalpins et non pas chez un John Ford privilégiant les grands espaces et les personnages féminins. Ici, cette dernière est souvent reléguée au rang de prostituée, de barmaid, ou de femme violentée. Johnny malingre, jouant pourtant assez habillement du flingue, stetson vissé sur le crâne, favoris lui bouffant la moitié du visage et répliques cinglantes. Même pas peur, le sans amis est venu régler ses comptes avec les poltrons de Blackstone, petite bourgade paumée en plein désert, et dont les notables se sont rués sur le frère du héros afin de le lyncher pour avoir osé voler l'argent qu'ils avaient confié aux bons soins de Virginia Pollywood, délicieuse Françoise Fabian, actrice française bien connue chez nous et qui joue de ses atouts pour séduire la gente masculine. Dont un shérif, l'acteur italien Gastone Moschin, parfois si gauche que certains passages prêtent davantage à sourire. N'étant pas Clint Eastwood qui veut, notre illustre Johnny galère beaucoup. Un rôle taciturne, à l'image d'un personnage qui répète inlassablement qu'il n'a pas d'amis. Le genre torturé. Mais pas auquel on aurait envie de proposer son épaule pour pleurer mais davantage auquel on donnerait une petite tape à l'arrière du crâne en le remerciant de nous avoir bien fait rire.

Caricature semble être le terme adapté au jeu de l'acteur/chanteur qui en post-production ne parvient même pas à rattraper son infligeant jeu d'acteur. À trop vouloir imiter son illustre source d'inspiration (et n'allez pas me dire que les rapports qu'entretiennent Hud avec les personnages campés par Easwood ne sont que le fruit du hasard), Johnny s'enlise dans l’auto-parodie, faisant du film de Sergio Corbucci, pourtant spécialiste du genre, une œuvre hautement nanardesque. C'est peut-être là que recèle tout son potentiel Le Spécialiste. On ne reprochera pas uniquement au chanteur de vouloir trop se rapprocher de son « idole » auquel il demeure fort inférieur. Ajoutez à cela un manque de charisme accentué, de plus, par une post-synchronisation (pourtant assurée par Johnny Hallyday lui-même) abominable et vous obtenez une version franco-italienne ringarde des classiques de Sergio Leone. Une œuvre à réserver aux fans du chanteur français, aux aficionados des westerns-spaghetti ou aux amateurs de nanars. Drôle d'hommage tout de même. Vous êtes avertis...

lundi 11 décembre 2017

Nude Per l'Assassino de Andrea Bianchi (1975)



Une jeune femme meurt durant un avortement clandestin opéré par le docteur Marco Ferreri. Plus tard, celui-ci est retrouvé mort, égorgé par un tueur entièrement vêtu de cuir noir et le visage caché derrière un casque de moto. Le médecin est la première victime d'une série de meurtres qui vont toucher les employés de l'agence Albatros dans laquelle travaillait la jeune femme.

Alors que la police enquête, le photographe Carlo Bianchi, aidé de sa fiancée Magda, tente de mettre son grain de sel dans cette affaire en tentant de démasquer le tueur...

Voilà pour le synopsis de ce Nue Pour L'Assassin de Andrea Bianchi. L'un des gialli les plus connus (en dehors de ceux réalisés par les maîtres Mario Bava, Dario Argento et Lucio Fulci), et pourtant, d'une assez piètre qualité. Pour ne pas dire l'un des plus mauvais. A croire que les amateurs de ce genre qui nous vient de l'Italie des années soixante sont aveuglés par tout ce qui touche de près ou de loin au giallo.

Déjà, dès l'intro, on a à peu près une idée du contenu de l’œuvre qui va dérouler son très mince scénario durant un peu plus d'une heure trente. La version visionnée ici ayant été doublée en français, on garde alors l'espoir d'une version originale un peu plus cohérente en terme de jeu d'acteurs. C'est doublé à la serpe par des amateurs si peu convaincus du texte qu'ils ont devant les yeux qu'on croirait presque assister au doublage en direct.

Le film est d'un intolérable ennui. Il ne se passe absolument rien. Du moins, concernant l'enquête qui traîne en longueur sur les deux tiers du film. Et puisque le scénario est inexistant et que les actrices, peu farouches, sont prêtes à se dénuder, Nue Pour L'Assassin exhibe des corps de femmes nues. Il n'en faut pas beaucoup pour qu'elles finissent à poil (voir la seconde victime de l'assassin qui se donne très vite au photographe Carlo, faut-il le préciser, qu'elle ne connaissait pas cinq minutes plus tôt).

La gente féminine en prend un sacré coup dans l'aile. Et le spectateur de s'ennuyer devant une œuvre qui ne fait pas honneur au genre. Les dialogues sont poussifs et rappellent parfois les échanges léthargiques entre les personnages du soap-opéra Santa Barbara (ou ceux des Feux de L'Amour). Quand aux scènes de nudité, ne vous attendez pas à frémir de plaisir en découvrant toute cette chair transalpine qui fait autant d'effet qu'une pièce de boucherie suspendue à un crochet à viande. Et les meurtres, alors, parviennent-ils à relancer l'intérêt de cette pellicule désœuvrée? Même pas.

Alors oui, il y a du sang. Mais les meurtres sont filmés hors champs. Et ce n'est pas en arrosant quelques personnages de quelques décilitres de ketchup qui va redonner de l'ampleur à ce médiocre Nue Pour L'Assassin.

samedi 9 décembre 2017

New York ne Répond Plus de Robert Clouse (1975) - ★★★★★★★☆☆☆



Si bon nombre de cinéastes se sont inspirés du New-York 1997 de John Carpenter, on peut se demander, au regard de certaines idées véhiculées par ce grand classique de l'anticipation, dans quelle mesure celui-ci se serait lui-même inspiré d'un film lui étant antérieur de six années. New York ne répond plus de Robert Clouse, s'il n'embrasse pas tout à fait le même point de vue que le futur long-métrage que réalisera John Carpenter en 1981 opte pour une même vision archaïque et sauvage de l'humanité. Comme si le sort qui lui est accordé ne pouvait donner naissance qu'à un retour à la sauvagerie et à la barbarie. De la cité servant de décor au récit, il ne subsiste que décombres. Alors que John Carpenter transformera la ville de New York en gigantesque pénitencier suite à une recrudescence de la criminalité, Robert Clouse la transforme en zone de non droit. La police n'étant plus qu'un lointain souvenir, chacun vit comme il le peut. Entre les bandes désorganisées s'en prenant aux rares individus osant traîner dans les rues de la ville, et un groupe formé autour du tyrannique Rouquin vivant retranchés dans un camp juste en face du sien, le Baron tente de mener une vie normale, entouré de concitoyens lui étant entièrement dévoués. Alors que dans le camp adverse l'on vit de rapines, le Baron et les siens cultivent des plantes dans l'espoir de pouvoir remplacer les rares conservent qu'il leur reste. Afin de s'assurer un niveau de sécurité maximum, ils font appel à Carson. Un homme rompu à l'art du combat auquel ils offrent le gîte et le couvert en échange desquels, il devra accepter de les protéger de leurs ennemis...

New York ne répond plus offrait à l'acteur Yul Brynner (Les Dix Commandements, Les Sept Mercenaires, Tarass Bulba, etc...) l'un de ses tout derniers rôles au cinéma. Dans celui du guerrier du titre original, The Ultimate Warrior, l'acteur campe un individu étonnamment bon dans ce monde impitoyable qu'est devenue la ville de New York. A ses côtés, l'acteur suédois Max von Sydow, l'un des fidèles interprètes du cinéaste Ingmar Bergman qui allait entamer une carrière américaine à partir de l'année 1970 avec le film de John Huston, La Lettre du Kremlin, mais allait surtout se faire connaître grâce à son personnage dans le rôle-titre du long-métrage de William Friedkin, L'Exorciste. C'est grâce à sa notoriété que Yul Brynner obtient le rôle de Carson puisqu'au départ, c'est l'acteur cantonnais Gordon Liu Chia-hui qui devait apparaître à l'écran. Bien que l'acteur n'y fasse pas preuve de réelles prouesse physiques, il fut cependant doublé lors de la scène durant laquelle le personnage de Max von Sydow entre en contact avec lui. Pour une raison simple : l'acteur ayant perdu de sa masse musculaire année après année, on lui préféra une doublure à la silhouette plus volumineuse en terme de muscles. Un subterfuge qui trompe son monde puisqu'il est impossible de distinguer Yul Brynner de celui qui le remplacera alors.
Autre subterfuge : la parenté entre l'acteur suédois et l'actrice américaine (née à Nice) Joanna Miles qui dans le film de Robert Clouse interprète le rôle de Melinda, qui n'est autre que la fille du Baron alors que seulement onze années séparaient les deux interprètes.

Au delà de ces quelques petites tromperies sans conséquences sur le déroulement du récit, on retrouve l'acteur William Smith dans le rôle de Rouquin. Un interprète dont le visage le prédestinait à jouer des rôles de brutes épaisses, ce qu'il demeure d'ailleurs dans New York ne répond plus. Bien que l’œuvre de Robert Clouse ne semble pas avoir bénéficié d'un budget très important, le film, dans son ensemble, est plutôt agréable à regarder. Tourné dans de superbes décors de désolation, le film réserve quelques passages fort prenants comme l'attaque du Baron et de ses hommes en ville, celui durant lequel le camp est attaqué par Rouquin et ses hommes, ou encore la longue scène située dans le métro. Au final, New York ne répond plus n'a pas trop mal vieilli malgré son âge avancé de quarante-deux ans...



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